500 000 vues en une soirée : l'incroyable carton de ICI 100% PSG sur YouTube
Et si la radio du foot c'était la radio des supporters ?
Bonjour à tous,
Samedi soir, pendant la finale PSG Arsenal, je me suis baladé sur YouTube pour voir comment ceux qui diffusaient en direct faisaient pour parler de foot sans en avoir les droits. Des gros YouTubeurs foot trustaient les premières places comme L’immigré Parisien en direct du stade avec plus de 56 000 viewers, la chaîne officielle du PSG était bien là et du côté des radios on avait évidemment RMC avec son After Foot. France Inter faisait une émission spéciale avec Mehdi Maïzi. RTL qui est d’habitude en direct sur YouTube, ne l’était pas. Mais au milieu de tout ça, un village d’irréductibles parisiens résistaient : la chaine YouTube de l’émission 100% PSG de la radio ici Paris Ile-de-France avec plus de 3 000 viewers à l’instant où j’ai regardé. Plus que RMC et plus que la chaîne du PSG.
Je suis Benoît Lebreau et je décrypte les stratégies social media des radios et podcasts européens. Social Radio c’est maintenant 1000 lecteurs mensuels : merci à tous ! Si ce n'est pas encore fait, vous pouvez soutenir ce travail en vous abonnant.
ou encore mieux
Cette semaine, on s'intéresse donc à ce que ce carton footballistique raconte sur la stratégie digitale de radios et plus largement sur la puissance des communautés quand on est une marque radio ! On est parti 👇
Le carton PSG-Arsenal sur ICI 100% PSG.
Pour la finale de la Ligue des champions, la radio ici Paris Île-de-France a déployé un double dispositif : Bruno Salomon et Éric Rabesandratana étaient en direct de Budapest pour commenter le match, pendant que Pia Clemens, Miguel Derennes et Alexandre Aflalo tenaient l’antenne depuis le Parc des Princes, au milieu des 47 000 supporters venus regarder la rencontre sur écran géant. A ce dispositif s’ajoutait des envoyés spéciaux à différents endroits.
La diffusion se faisait uniquement sur ici Paris Ile-de-France et sur leur chaîne YouTube. On entendait la même chose à la radio comme sur YouTube et les caméras étaient constamment sur le trio au Parc des Princes. On entendait les commentaires depuis Budapest pendant les phases de jeux et les commentaires du trio et des envoyés spéciaux. Une émission tout à fait habituelle
Ils avaient un emplacement idéal, au bord du terrain avec vue sur le public du stade.
Sur YouTube, la chaîne 100% PSG est toute récente. Annoncée le 26 novembre 2025, elle rassemble les contenus foot de ICI Ile de France comme l’émission “Le Mag” et les chroniques PSG. Elle réunit aujourd’hui plus de 14 000 abonnés et est en direct, en studio, pour tous les matchs du PSG.
Cette finale était donc leur premier gros événement sur YouTube et ça a été une réussite : on frôle les 500 000 vues en cumulé pour 4h de direct. Ces scores sont d’autant plus forts que le match était diffusé en clair sur M6 et sur d’autres chaînes YouTube comme évoqué précédemment. On ajoute également au passage qu’ICI Ile de France a entre 70 et 100 000 auditeurs quotidien. Ce direct leur a fait gagné environ 1500 abonnés selon Social Blade. Il s’agit de leur vidéo la plus vue de leur chaîne.
La diffusion en direct sur YouTube a permis à la radio ici d’aller toucher un public national qui n’aurait peut-être pas eu le réflexe d’allumer la radio ce soir-là. Mais surtout, YouTube a joué un rôle de filtre : l’algorithme oriente ce type de contenu vers des fans du PSG, pas vers l’auditeur généraliste d’ici Paris Île-de-France. Là où une diffusion sur l’ensemble du réseau ici aurait atteint un public plus large mais qui n’aurait pas forcément été intéressé par le football (et aurait peut être même zappé). YouTube a permis de parler à une niche très précise et très engagée qui recherchait ce contenu là à ce moment là.
Et ça avait de quoi attirer. Contrairement à RMC ou M6, on avait là des fans du PSG qui parlaient aux fans du PSG. Le cadre, dans le stade, était différenciant et il donnait également envie de regarder. Cela montrait un moment fort, unique que seule la vidéo pouvait permettre de découvrir. YouTube a agi en moteur de découvrabilité d’un contenu antenne.
Autant l’audio apportait des frissons et une tension, autant la vidéo nous a permis d'être comme la petite souris au cœur d’un évènement où on aurait aimé être et vivre ce moment historique. Comme l’annonce de la victoire avec le stade qui s’enflamme (rip le casque au passage) 👇
Faire d'une émission un micro-média autonome, avec ses réseaux sociaux, ses abonnés et son ton change la nature de la relation avec l'auditeur. L’auditeur se sentira comme faisant partie d’une communauté précise, il sera beaucoup plus enclin à liker et s’abonner et aura plus de chance de devenir un ambassadeur de la marque radio qu’il pourra même avoir envie d’écouter dans son ensemble.
Et si chaque communauté avait sa radio ?
Là où la radio hertzienne n’a d’autres choix que de porter une voix pour tous, le numérique permet techniquement d’en avoir une pour chacun au sein d’une même radio. Il y a une dizaine d’années, NRJ lançait ses dizaines de radios digitales pour répondre à une fragmentation des auditeurs en leur disant : quels que soient tes goûts musicaux, NRJ est fait pour toi et tu vas l’écouter. Ce qu’NRJ a fait pour la musique, les radios talk le font aujourd’hui sur le contenu pour toucher toutes les communautés.
ICI ne s'est pas arrêté au PSG. La radio publique a décliné le modèle sur plusieurs territoires et plusieurs clubs : 100% Stade Rennais sur ici Armorique (3 180 abonnés sur YouTube), 100% OM sur ici Provence, la chronique de l'AJA quotidienne sur ici Auxerre, 100% CSP sur ici Limousin et 100% Aiglons en vidéo sur ici Azur. Foot, basket, rugby, Ligue 1, Ligue 2… le principe est toujours le même : chaque locale a son club et une communauté de supporters.
RMC joue la même partition mais avec une logique différente. Là où ici s'appuie sur l'ancrage territorial de ses locales, RMC capitalise sur sa marque nationale pour décliner une cinquantaine de podcasts natifs hyper communautaires. Côté foot : ils déclinent la marque After sur chaque grosse commu : After Paris, After Marseille, After Lyon... Mais RMC va bien au-delà : Le Paddock pour la F1, Viva Padel, Le Practice pour le golf, RMC Running, RMC Pêche… et même sur la culture avec les livres ou la musique des années 90 (RMC Gold). Soit autant de niches couvertes sous une même bannière. Pour la plupart, tout est clipé et même diffusé en intégrale vidéo et certaines même diffusées sur leurs chaînes télés.
Si on pousse un peu plus loin l’analogie, RMC et ici fonctionnent en réalité comme des MCN (des Multi-Channel Networks) appliqués à la radio. Une marque chapeau, des canaux thématiques et des communautés ciblées. Le but final étant de réunir le plus de gens possibles (et ainsi avoir un gros volume d’écoutes à monétiser)
Sport Social Podcast Network : quand le modèle s'industrialise
Ce que RMC et ici construisent en France, une structure britannique l’a déjà industrialisé à l’échelle européenne. Sport Social Podcast Network se présente comme le plus grand réseau de podcasts sportifs d’Europe : 700 podcasts, 250 millions de streams et téléchargements cumulés. Leur positionnement c’est être le partenaire audio des détenteurs des droits (clubs, fédérations, athlètes…) en leur proposant stratégie, production, hébergement et monétisation dans un service clé en main. En Premier League anglaise par exemple, ils comptent les podcasts officiels de Manchester City, Aston Villa, Brighton, Tottenham… Ils ajoutent également tout un tas de podcasts sport indépendants à leur portefeuille pour leur apporter monétisation et conseils de production.
Contrairement à nos français, Sport Social ne s’appuie sur aucune antenne. C’est un réseau pur. Mais pour autant, ils ont été créé par un groupe radio : Communicorp UK, 4e groupe radio commercial britannique, qui opère des stations régionales sous licence des marques Heart, Capital et Smooth.
Le sport est un fort levier pour le podcast : selon Edison Research aux Etats-Unis, 58% des auditeurs de podcasts sportifs les consomment pour appartenir à une communauté de fans. Les fans de sport consomment 6 heures d’audio par semaine soit 2 heures de plus que la moyenne.
La fragmentation de l’audience est inévitable
Que ça soit en télé ou en radio, l’écoute linéaire suit une tendance structurelle à la baisse. Selon Médiamétrie, l'audience cumulée de la radio est passée de plus de 70% il y a dix ans à 65,1% en septembre-octobre dernier. Hors des grandes cases d'information matinales ou des grands événements, l'audience linéaire va s'éroder de plus en plus. Dans ce contexte, construire des communautés engagées autour de passions précises est peut-être une réponse.
La fragmentation des audiences n'est pas la fin de la radio de masse mais un nouveau mode opératoire : rassembler par la niche, additionner les communauté et reconstruire l'audience, communauté par communauté.
Benoit.






